Musique du monde. Enfin, revoilà les Antilles ! Depuis Kassav, aucun groupe n’avait entraîné une telle adhésion au pays. Et si la métropole s’emballait aussi sur l’excitante douceur de Soft ? Cela fait bien des marées qu’on avait entendu un album aussi doux, aussi suave, aussi caressant. Mais attention, jamais mièvre ! Certes, dans la gorge de Fred Deshayes, leader de Soft (et docteur en droit), coule du miel. Bien sûr, les trois musiciens de Soft aiment les jolies mélodies, les guitares acoustiques, les choeurs en veux-tu en voilà, le violon plaintif et le saxophone agile.
Mais il leur faut la basse ronde de Joël Larochelle. Et ils ont besoin de frotter leur douceur contre une batterie et des percussions, l’ensemble créant l’alchimie précieuse de Soft.
Et puis, on sait qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Dans leurs chansons, pour la majorité en créole, on saisit les mots carte postale, soleil, étoiles... Comme pour rêver de plages et de cocotiers. Pourtant, Soft a plus d’une image à montrer et plus d’un combat à défendre. Partout étranger, interprété en français, entre piano et chuchotis, pose en quelques phrases la question du déracinement. Wouvè la pot (Ouvre la porte) chante la dignité. Et Gouté Gwadloup se rappelle de ceux qui se sont battus pour la terre de Guadeloupe.
Chez Soft, il y a l’héritage de la musique traditionnelle, ce gwo ka aux origines africaines, musique de résistance, symbole de l’identité noire de l’île. Et la passion de la biguine (Mi on ti bigin). Et des influences jazz et brésiliennes. Et l’apport de talentueux musiciens invités, tel le bassiste Richard Bona...
Cela fait des années que les Antilles ne s’étaient pas rappelées à notre bon souvenir avec un disque aussi fort. Après Malavoi puis Kassav, ce qu’on appelle là-bas le zouk love, soit la variété en créole ou en français, avait envahi le marché. Restaient les groupes de musique traditionnelle et les grandes figures locales (Tanya Saint-Val, Dédé Saint-Prix...).
Mais personne, comme les Guadeloupéens de Soft n’avait replacé la barre aussi haut. Résultat : 25 000 exemplaires (chiffre énorme là-bas) de leur premier disque vendu et 5 000 de celui-ci en deux semaines. Avec Soft, les Antilles sont de retour...
Michel TROADEC. Source : http://www.ouest-france.fr