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Les Antilles craignent le "Big One"

C’est une étude épidémiologique de l’INVS (Institut national de veille sanitaire) qui vient de le révéler : la Martinique a enregistré un pic de consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs au lendemain du séisme du 29 novembre dernier. "Cela a bien duré un mois, un mois et demi, confirme Hubert, pharmacien près de Fort-de-France. On a vu venir des gens qui n’avaient pas l’habitude de prendre ces médicaments mais qui étaient vraiment choqués, fragilisés par ce qu’ils venaient de vivre."

Ce 29 novembre, la catastrophe redoutée - des milliers de morts et une île paralysée - s’est finalement soldée par un simple coup de semonce en raison de la profondeur de l’épicentre. Rompus au passage régulier des cyclones, habitués à la présence inquiétante et majestueuse des volcans de la Soufrière en Guadeloupe et de la Montagne Pelée en Martinique, les Antillais se sont vu administrer une piqûre de rappel : ils sont à la merci des caprices géophysiques des plaques Amérique et Caraïbes qui jouent à saute-mouton dans les profondeurs de l’Atlantique.

En visite depuis mercredi sur place, Michèle Alliot-Marie, avec sa triple casquette de ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, s’est longuement fait expliquer la situation par la directrice du très réputé Observatoire vulcanologique et sismologique de la Martinique. Situé face à la Montagne Pelée, dont la colère, en 1902, a dévasté Saint-Pierre et établi un triste record mondial avec 29000 victimes, le bâtiment construit en 1935 ne répond évidemment pas aux normes parasismiques en vigueur aujourd’hui. "Ce serait un comble qu’il soit parmi les premiers édifices à s’effondrer en cas de tremblement de terre", plaide-t-on au conseil général, qui demande l’aide de l’Etat pour le rebâtir.

Le problème des "maisons coup de main"

Michèle Alliot-Marie, qui a géré depuis son bureau la crise de novembre dernier, n’a pas dit non. Mais elle a surtout insisté sur son souhait de "renforcer la capacité d’anticipation et d’intervention" des services de l’Etat en dotant la Martinique et la Guadeloupe de moyens de télécommunication sécurisés et en accélérant la construction d’un centre opérationnel de crise à la préfecture de Fort-de-France. La consolidation de dizaines d’écoles, des hôpitaux, des centres de secours - aucune caserne de pompiers n’est aux normes en Martinique - et de nombreux bâtiments publics est programmée dans les années à venir dans le cadre notamment du plan "séisme", initié en 2005.

"Le bâti de Martinique, dans son immense majorité, ne répond à aucune norme de construction parasismique, ce qui lui confère une vulnérabilité extrêmement importante, constate le conseil général. Sa mise aux normes est utopique, notamment pour des raisons évidentes de coût." Le choix, à partir des années 1970, d’employer des dalles de béton pour mieux résister aux cyclones, se révèle aujourd’hui problématique. Sans parler des "maisons coup de main" qui donnent aux collines antillaises des allures de favelas plus ou moins améliorées : résisteraient-elles en cas de glissement de terrain ?

"Nous imposons des normes à toutes les constructions nouvelles et il nous arrive de prendre des arrêtés pour interdire d’habiter certaines maisons, explique un adjoint au maire de Basse-Terre, en Guadeloupe. Mais ce n’est pas toujours évident de le faire appliquer. On dit les Antillais fatalistes par rapport au risque de tremblement de terre, mais souvent ils n’ont pas d’autre choix que de l’être..."

Par Stéphane JOAHNY, envoyé spécial à Fort-de-France, Pointe-à-Pitre (Antilles) leJDD.fr

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